Cédric Rouillon, directeur de La Passerelle et du Bornybuzz, quitte l’association après 15 ans

Votre média de proximité, Bornybuzz, est animé par l’association La Passerelle, basée à Metz-Borny. Depuis 2012, celle-ci était dirigée par Cédric Rouillon, qui a rejoint l’association en 2004. Après près de 15 ans passés au sein de l’association, ce dernier nous quitte pour de nouveaux horizons professionnels. Nous revenons avec lui sur ces années passées à La Passerelle.

Bonjour M. Rouillon. Je vous propose de revenir 15 ans en arrière : avant de rejoindre La Passerelle, que faisiez-vous ?

Avant mon arrivé en 2004, j’ai étudié à Metz avant d’aller à Épinal pour un DESS (Diplôme d’études supérieures spécialisées ; ndlr) « images numériques et interactivités ». J’ai eu quelques expériences freelance en développement web et en Flash avec des entreprises parisiennes. C’était avant-gardiste le Flash à l’époque !

Vous ne connaissiez donc pas du tout le monde associatif messin. Comment avez-vous entendu parler de La Passerelle ?

L’une des deux personnes en poste au sein de l’association était une amie. Elle a glissé mon nom au président de l’époque et fondateur de l’association, Marcel Gachenot. J’ai été embauché en tant qu’animateur avant de devenir coordinateur multimédia.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre La Passerelle alors que votre poste au sein de l’association n’avait rien à voir avec vos précédentes expériences professionnelles ?

À l’époque, La Passerelle était à la pointe du multimédia donc, même si les missions n’étaient pas exactement celles auxquelles j’avais été formé, je me suis dit qu’il y avait la possibilité de développer pas mal de choses au niveau du numérique. C’était un terrain de jeu favorable pour explorer différents aspects du multimédia.

Comment se sont passées ces premières années ?

À l’époque, l’association était jeune et n’était pas encore reconnue : nous avions tout à prouver. Pour consolider l’association et pérenniser mon poste, il a fallu s’ouvrir sur de nouveaux projets : aide aux devoirs, accompagnement à l’emploi,… L’idée était de connecter les problématiques du territoire et le numérique, le domaine dans lequel l’association était légitime. Il y avait aussi le souhait de valoriser le quartier.

Vous avez rencontré des difficultés ?

Oui, l’année 2007 a été compliquée. Il y a eu des travaux de rénovation à la médiathèque Jean Macé, dans laquelle nous animions nos ateliers multimédia. Nous avons donc perdu nos locaux. Les aides pour mon poste sont également arrivées à leur fin. Nous n’avions pas forcément de perspectives à ce moment. Nous avons même envisagé une liquidation de l’association.

Comment avez-vous évité cela ?

Nous avons profité d’un micro-projet européen qui a permis de lancer l’action CV vidéo et de financer mon poste. Le changement de municipalité en 2008 a également aidé puisque, via le bailleur social Metz Habitat Territoire, la ville nous a donné de nouveaux locaux. 2008, c’est aussi l’année du projet Code de la Route en LSF avec l’INJS. C’est la première action que j’ai menée de A à Z. Le projet a été développé pendant trois ans, avec d’abord la réalisation d’un DVD pour former au code de la route avant la mise en place d’un site web sur ce sujet. Ce projet a porté l’association pendant ces trois années et lui a permis d’obtenir une véritable reconnaissance au niveau éducatif. Les premiers partenariats se sont également mis en place à ce moment, ce qui a permis d’ancrer l’association au niveau local.

Vous avez été nommé directeur de l’association en 2012 et Marcel Gachenot, le président et fondateur de La Passerelle, l’a quittée l’année suivante. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Au départ, je n’avais pas de salarié à encadrer, seulement des services civiques. Mon changement de statut n’a donc pas changé grand chose au niveau du fonctionnement quotidien mais il a fallu trouver un nouveau projet. C’est à ce moment que Bornybuzz a vu le jour. Pour créer un média, il faut chercher des financements, avoir des vidéastes pour créer des contenus, assurer la création web,… Donc, il a fallu embaucher. Le reste de l’histoire, c’est une question de rencontres.

Finalement, qu’est-ce que vous allez garder de ces 15 années ?

Le Bornybuzz. Il y a la fierté d’avoir créé quelque chose qui ne dépend pas que de soi et qui va continuer à exister car le reste de l’équipe se l’est approprié. J’y ai investi 150% de mon énergie donc c’est bien que cela ne soit pas insignifiant. Les Bornybuzz Cafés restent aussi un excellent souvenir. On a eu cette idée de créer une véritable émission TV, ça a ce petit côté projet fou, tant sur le fond que dans la logistique. Le destin les a souvent connectés étrangement avec l’actualité : l’édition sur la démocratie le lendemain des attentats du Bataclan ou celui sur les relations entre la police et les habitants des quartiers en pleine affaire Théo… L’Abribus, notre websérie participative, qui m’a permis d’appréhender la fameuse « éducation populaire » en vrai, est aussi un projet marquant. Il a installé bon nombre d’outils et de collaborations qui ont conditionné la suite.

Vous le dites, il a aussi été question de rencontres pendant ces 15 ans.

J’ai eu de vrais coups de cœur professionnels. J’ai rencontré pas mal de professeurs dans les collèges de Borny, notamment en SEGPA, qui étaient hyper investis, motivés et motivants. Mais aussi des éducateurs spécialisés à l’INJS de Metz ou des formateurs, en particulier à l’AIEM, avec lesquels j’ai travaillé pendant plus d’un an sur les CV vidéo avec des personnes en insertion, quand on n’avait plus de local. Je n’oublie pas non plus les publics : enfants, ados, parents… et les bénévoles ! Longtemps, j’ai été l’unique salarié de l’association mais je n’ai jamais vraiment eu l’impression de travailler seul.  

On peut dire que le bilan est plutôt positif, alors ?

Malgré les doutes, parfois les frustrations et quelques regrets, j’ai eu beaucoup de chance, car entre les projets, les documentaires et les actions éducatives, j’ai pu côtoyer nombre de personnes et de lieux. D’autant que rien ne me destinait à travailler dans ce monde professionnel, et encore moins dans un quartier comme Borny. 

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