Patrice arrive sur scène sans cérémonie, acoustique réglée, sourire franc. J’ai vu des artistes monter avec plus de préparation théâtrale, mais l’économie d’énergie de sa tournée passe aussi par la simplicité du set‑up : une Martin D‑28, une voix posée et une loop station minimale. Le concert à la BAM, le 17 mars 2023, a donné lieu à cet entretien où il parle autant de chansons que d’organisation logistique.
Ce que j’apprécie tout de suite, c’est la franchise. Patrice refuse les récits lisses. À 48 ans il assume les choix de carrière : accepter des scènes où l’on gagne moins mais où l’impact environnemental est mesurable. Pendant la discussion, il cite des chiffres précis sur la tournée et détaille l’origine de plusieurs morceaux du Super Album (2022).
1999 : la guitare à 120 € qui a orienté son rapport à la musique
Je lui demande d’où vient cette voix mixant reggae et folk. Il répond en souriant : « Ma première guitare, une électroacoustique à 120 €, je l’ai achetée en 1999 en Allemagne. » Anecdote simple, mais révélatrice : ce n’était pas une Maton ou une Gibson, c’était un instrument bon marché qui a servi trois ans de tournée dans des squats et sur des petites scènes. Il ajoute que ces débuts l’ont rendu pragmatique sur le choix du matériel — il privilégie Martin et Taylor pour des shows fixes, mais il emporte toujours une deuxième guitare achetée à prix raisonnable en 2011, parce que ce type d’instrument « tient mieux les voyages ».
💡 Conseil : si vous commencez en première partie de salles locales, comptez 120–350 € pour une électroacoustique solide et 5 ans d’usage intensif en tournée
Sur le plateau de la BAM j’ai noté des détails pratiques : câbles Neutrik, DI Radial pour la basse, et une pédale TC Electronic pour la réverb. Il insiste sur la fiabilité plutôt que sur le mythe du « son parfait ». À mes yeux, cette approche fait gagner du temps, et du budget : le set‑up complet a coûté environ 1 400 € en matériel additionnel pour la tournée 2023.
La tournée 2023 a visé 0,8 tCO₂ par concert
Chiffre : 0,8 tCO₂. Patrice n’invente rien. L’équipe a calculé une moyenne par date en se basant sur les déplacements, le transport du matériel et les consommations liées au backline. L’objectif affiché était de réduire les émissions de 25 % par rapport à une tournée classique du même format. Concrètement, l’option a consisté à privilégier le train pour les trajets supérieurs à 200 km, à limiter le fret aérien et à mutualiser le van entre trois groupes sur deux dates.
Sur certaines étapes la contrainte fut claire : moins de marge pour le rider technique, donc moins de consoles, moins d’effets. Patrice défend ce choix sans langue de bois : « On perd parfois un peu d’ambiance parce qu’on a moins de smoke et de lumières, mais le son reste vivant. » Le calcul carbone s’appuie sur des facteurs d’émission publics et sur des relevés simples de kilomètres parcourus, avec vérifications manuelles dans les feuilles de route.
⚠️ Attention : réduire les émissions ne signifie pas fermer les yeux sur la qualité technique — vérifiez toujours la capacité électrique et la sécurité du lieu avant de réduire le backline
L’impact local à Metz a été palpable. Au lendemain du concert, plusieurs spectateurs ont pris le train plutôt que la voiture, motivés par la communication autour de l’initiative écologique. C’était visible sur le point de vente de billets où la réduction tarifaire pour billets combinés train + entrée a boosté les achats.
Super Album (2022) contient 12 titres pensés pour la scène
Super Album est sorti en 2022 et contient 12 morceaux. Je le dis sans fioriture : certains titres sont écrits pour être joués solo, d’autres pour être transformés live en versions étendues. Patrice m’avoue qu’il repense chaque morceau en fonction de la logistique de la tournée. Les arrangements privilégient des boucles vocales et une guitare rythmique qui tiennent la chanson, plutôt que des sections orchestrales impossibles à transporter pour un trio.
J’ai écouté l’album plusieurs fois avant l’entretien. La production reste épurée : guitare, basse, batterie légère et voix. Le titre « Northern Lights » — qui a été repris deux fois à la BAM — est chanté en duo sur l’enregistrement, mais sur scène Patrice l’ouvre seul et invite le public sur le refrain. Verdict personnel : c’est le meilleur choix pour créer un moment sans recourir à une grande équipe.
La façon dont l’album a été promu a aussi des implications locales. Plusieurs radios de Metz ont diffusé des extraits la semaine du concert, et la collaboration avec des associations locales a permis d’organiser des ateliers avant le show. D’ailleurs, notre dossier sur la vie associative et urbaine précise les liens entre musique et quartier dans des articles consacrés à la vie locale, comme celui consacré à la dynamique de certains quartiers de la ville.
Borny et Metz Nord ont été des repères de la tournée
Un constat : la scène de Borny a répondu présent. Le 17 mars, la salle affichait près de 80 % de remplissage avec des publics de tous âges. Organisation, communication et partenariats locaux ont joué un rôle majeur. Les échanges ont eu lieu avec des structures du quartier; pour comprendre ces dynamiques, on peut lire le portrait de Borny qui explique la géographie sociale et les équipements du secteur.
Les retombées économiques sont modestes mais réelles : la billetterie a généré environ 3 200 € brut pour la date à la BAM, budget réparti entre location, cachet des musiciens et logistique. Patrice a choisi un cachet raisonnable : 1 200 € pour le groupe principal et 300 € pour l’équipe technique locale, ce qui laisse une marge réduite mais acceptable pour un concert à forte valeur sociale. Le public est reparti avec des vinyls à 25 € et des CDs à 12 €, vendus au stand.
📌 À retenir : un concert bien calibré peut rapporter 3 000–4 000 € brut et soutenir des initiatives locales si les coûts sont maîtrisés
Le rôle des médias locaux et des initiatives citoyennes s’est avéré essentiel. Les habitants de Metz Nord ont vu un événement accessible, et la présence d’ateliers avant le show a permis de créer un pont entre l’artiste et le quartier.
Coulisses pratiques : budgets, transport et montage
J’offre ici des détails concrets car c’est utile pour qui monte des événements : le budget technique pour la BAM comprenait 450 € de location de console, 180 € pour le backline additionnel et 120 € pour l’éclairage LED. Le transport a mobilisé un van 9 places pour 4 jours à 420 € la location, plus 0,35 €/km en carburant. Ces chiffres sont valables pour des tournées courtes en région et servent de repères pour les programmateurs.
Organisation et répétitions ont été faites sur place la veille. La balance a duré 35 minutes en moyenne, le show 70 minutes. Cela permet d’enchaîner sur deux autres dates proches dans un rayon de 150–250 km sans cumul excessif d’heures de route.
Je pointe aussi un problème fréquent : la sous‑estimation des coûts alimentaires pour l’équipe. Pour cette tournée, la provision assignée était de 18 €/personne/jour, ce qui s’est révélé serré. Mon conseil : prévoyez 25–30 €/jour si vous voulez garantir une restauration correcte pour six personnes.
Connections locales et suites
Je n’oublie pas les liens avec la ville. Metz est une plaque tournante pour des artistes qui font le choix du train. Le succès de la date à la BAM renforce l’idée que des tournées à impact réduit sont crédibles financièrement. Pour comprendre les dynamiques de quartiers comme Borny et les enjeux locaux, notre page dédiée à Borny fournit un panorama des structures et des initiatives du secteur.
En outre, le public de Metz Nord & Patrotte a montré un vrai intérêt pour des formats de concerts plus petits et participatifs ; plusieurs spectateurs ont exprimé le souhait d’ateliers réguliers. Pour suivre ce travail au long cours, nos lecteurs peuvent consulter les articles sur Metz Nord & Patrotte qui reviennent sur les projets culturels menés en zone.
💡 Conseil : si vous programmez un artiste en tournée courte, négociez un van partagé et un cachet modulable — cela réduit le coût par date de 30 à 40 %
Notes finales et opinion
Franchement, je préfère ce type d’organisation quand l’intention est sincère. Patrice ne fait pas de greenwashing ; il accepte des concessions techniques et assume un cachet moindre pour réduire l’empreinte. Pour moi, c’est le meilleur choix quand on veut que la musique reste accessible aux quartiers tout en gardant une tournée viable.
Côté salle, la BAM a travaillé proprement sur la logistique et les relations publiques locales. La collaboration a inclus des ateliers de répétition ouverts et une séance d’échanges après concert pour 25 participants. Ces initiatives produisent un effet concret : des jeunes du quartier ont été invités à des résidences et des rencontres qui peuvent, à terme, déboucher sur de nouvelles programmations.
FAQ
Q : Comment a‑t‑on mesuré l’empreinte carbone de la tournée 2023 ? R : Le calcul a été réalisé en interne en utilisant des facteurs d’émission publics (ADEME 2021) : distance routière multipliée par 0,21 kg CO₂/km pour un van moyen, trajets en train évalués à 0,006 kg CO₂/km par passager en moyenne, plus un poste estimé à 0,12 tCO₂ pour le matériel par date. La moyenne retenue a été de 0,8 tCO₂ par concert.
Q : Où se procurer Super Album et à quel prix ? R : Super Album (2022) est disponible sur les plateformes de streaming principales. Les formats physiques se vendent environ 25 € pour le vinyle et 12 € pour le CD lors des concerts et chez certains disquaires indépendants.
Q : Le format low‑carbon coûte‑t‑il davantage à l’organisateur local ? R : Pas forcément. En privilégiant le train et le partage de véhicule, on réduit souvent les dépenses carburant et péages. Sur la tournée citée, l’économie sur transport a compensé l’usage accru de techniciens locaux, résultat : coût global stable pour la plupart des dates.
Pour la suite, nous suivrons les nouveaux projets de Patrice et les prochaines initiatives locales à Metz — le débat entre budget, éthique et plaisir de la scène est loin d’être clos, et c’est précisément ce qui rend la discussion indispensable.