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Culture & Spectacles

Mission Locale Borny : 6 jeunes filment leur récit au FRAC Lorraine

Six jeunes du quartier de Borny ont réalisé un film de 13 minutes au FRAC Lorraine, projeté le 7 novembre 2023 : récit, méthode et pistes pour reproduire l’expérience.

9 min de lecture
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7 novembre 2023 : la petite salle du 49 Nord 6 Est FRAC Lorraine s’est remplie doucement jusqu’à compter environ 60 personnes. Des familles, des médiateurs et les six jeunes auteur·es se sont retrouvés pour voir la vidéo qu’ils et elles ont montée après une semaine d’atelier début septembre. Le film dure 13 minutes ; il est simple, direct et parfois rugueux — mais il capte des trajectoires rares à entendre dans un lieu d’art contemporain.

Concrètement, ce projet est né d’un partenariat entre la Mission Locale du Pays Messin, Bornybuzz et l’équipe du FRAC. Les jeunes du programme Contrat d’Engagement Jeune (CEJ) ont suivi un parcours de 5 jours comprenant visite des expositions, prises de son, interviews et montage. Une médiatrice du FRAC a guidé les échanges avec les artistes, dont Gaia Vincensini et Adriann Béghin, afin d’ouvrir le dialogue sur la création et la place des jeunes dans les arts.

Six voix racontent 5 jours d’atelier au FRAC (6 témoignages, 5 jours)

Un matin de septembre, l’atelier a démarré à 9 h 30 par une visite commentée de l’exposition « Comment se raconter ». Les jeunes ont écrit des questions, appris à tenir une prise de son avec un micro Rode NTG2 prêté pour l’occasion et filmé avec un hybride Sony A6400 loué pour 3 jours (tarif de location : ≈ 60 € / jour). L’objectif n’était pas de réaliser un clip mais d’inviter les participant·es à se raconter face à la caméra.

Dans la salle de montage, l’équipe a utilisé Adobe Premiere Pro (abonnement 24,49 €/mois) et deux stations ont été réservées au Fab Lab de Bornybuzz. Les prises ont été triées : plans fixes, réponses à chaud, et séquences d’ateliers. Solène, 22 ans, a choisi d’ouvrir le film par un plan de ses mains sur un carnet ; Kévin, 19 ans, a parlé de son premier job saisonnier. Chaque voix occupe entre 1 et 3 minutes, pour un total de 13 minutes montées en montage rapide et sans effets superflus.

💡 Conseil : prévoyez 600 € pour matériel de base (location de 2 hybrides, micro, cartes SD, alimentation) et 2 jours supplémentaires si vous comptez former au montage un groupe de 6 personnes.

Dans ce processus, la médiation par des artistes a changé la dynamique. Gaia et Adriann ont d’abord répondu aux questions posées par les jeunes sur leur pratique, puis ont demandé aux jeunes de tourner la caméra vers eux. Ce renversement a réduit la hiérarchie habituelle entre lieu d’art et public.

Un passage du film montre Gaia en train d’évoquer ses débuts ; la réponse d’un jeune, parlant de l’importance d’être écouté, crée un échange qui tient tout seul à l’écran. Pour les habitants curieux du quartier, cette interaction montre qu’un FRAC peut accueillir des récits locaux sans sacrifier ses propres enjeux curatoriaux.

Projection publique : 13 minutes qui ont réuni environ 60 personnes (60 spectateurs, 1 débat)

La projection du film le 7 novembre a duré 13 minutes ; le débat a pris 45 minutes. Après la diffusion, familles et auteur·es ont échangé avec les médiateurs du FRAC et les artistes invités. Les retours ont été francs : certains spectateurs ont regretté l’absence d’une version sous-titrée pour l’accessibilité ; d’autres ont salué la sincérité des témoignages.

Pour renforcer l’impact, l’organisation a choisi une forme courte : diffusion suivie d’un échange libre. Le format a des avantages : il facilite la présence des familles et permet un débat direct. Le problème, c’est que les questions logistiques (son, sous-titrage, autorisations de diffusion) prennent du temps et demandent des budgets. Dans ce cas précis, le dossier administratif pour la projection publique a nécessité la signature de 6 autorisations de droit à l’image.

⚠️ Attention : sans autorisation écrite pour chaque personne filmée, la diffusion publique peut être bloquée. Comptez 48 h pour rassembler les accords signés.

Le FRAC a aussi profité de l’événement pour replacer le film dans le calendrier des expositions : « Comment se raconter » et « Degrés Est : Adriann Béghin » restaient visibles jusqu’au 28 janvier 2024 au 1 bis, rue des Trinitaires. Ce positionnement a multiplié les publics — des visiteurs habituels aux voisin·es du quartier — et a donné plus de visibilité au projet local.

Un point pratique : si vous cherchez des repères sur la vie du quartier et les acteurs locaux, notre page dédiée au quartier de Borny contient des ressources et contacts utiles, par exemple pour relancer des ateliers similaires au niveau quartier.

Champ‑contrechamp : inversion des rôles en 3 questions (3 artistes, 2 directions)

Gaia et Adriann ont demandé aux jeunes : « D’où venez‑vous ? », « Que voulez‑vous faire ? », « Qu’est‑ce qui vous retient ? ». Cette méthode, simple, a produit des réponses souvent brutes et précises. Les artistes ont retourné la caméra, ce qui a forcé les participants à écouter et à critiquer leur propre récit.

Sur le plan sociologique, ce type d’échange rompt avec le dispositif habituel d’accompagnement social. Philippe Portier, qui a donné récemment une conférence sur la laïcité et les récits publics, insistait sur la nécessité d’écouter la parole des jeunes sans la préconditionner. Ici, l’expérience montre qu’un atelier de 5 jours peut modifier la façon dont un jeune se raconte : l’oral gagne en précision, les priorités se clarifient.

📌 À retenir : quand les artistes posent les bonnes questions, la parole des participant·es devient actionnable — on obtient des projets concrets, des inscriptions en formation et parfois des candidatures pour des emplois saisonniers.

En pratique, la technique champ‑contrechamp a été utilisée pour équilibrer l’image et la parole : un plan d’écoute, puis un plan de réponse. Ce format évite la pose et force l’authenticité. Les jeunes ont apprécié cette exigence ; plusieurs ont déclaré vouloir retravailler leurs témoignages pour un projet plus long.

Pour des initiatives locales liées au quartier et à la médiation culturelle, voir aussi nos articles sur la vie locale et les dynamiques de quartier, qui recensent acteurs et lieux de rencontre et peuvent inspirer la suite.

Knit’s Island et le jeu vidéo comme document : 1 film, 2 pistes critiques

Le projet n’a pas limité ses références au seul film documentaire. Lors d’une séance, l’équipe a présenté « Knit’s Island », un documentaire partiellement construit à l’intérieur du jeu vidéo DayZ, co‑réalisé par Quentin L’Helgoualc’h et présenté au Luxembourg City Film Festival. Ce choix a servi de relais pour expliquer qu’un récit peut se construire hors d’un cadre strictement cinématographique.

Deux pistes ont été mises en avant : la première concerne l’accessibilité des outils — un PC correct pour montage coûte entre 700 € et 1 200 € ; la seconde porte sur les récits migratoires et numériques, qui parlent aux jeunes du quartier. Le cinéma expérimental de M. Woods a aussi été évoqué : ses formes courtes et radicales invitent à questionner l’image-politique, à la manière dont certains jeunes questionnent l’autorité et la représentation.

La discussion a montré une attente : les publics veulent des formats hybrides et rapides. Un jeu vidéo, parfois, permet plus d’invention narrative que 20 minutes d’entretiens classiques.

Quatre mesures pour reproduire ce modèle localement (4 actions concrètes)

  1. Budget et matériel : prévoyez 600 € pour un premier cycle (2 hybrides, micro, location de salle) et 200 € supplémentaires pour la post‑production si vous externalisez le montage.
  2. Planning : organisez 5 jours consécutifs pour créer une cohésion de groupe ; ajoutez 2 jours de montage encadré.
  3. Autorisations : collectez 6 autorisations de droit à l’image signées, imprimées et scannées avant toute diffusion.
  4. Médiation : incluez au moins 1 artiste invité et 1 médiateur du lieu pour faciliter le passage de la visite à la création.

J’affirme : 600 € est souvent suffisant pour démarrer un cycle qui produit un film simple et diffusé localement. Ce n’est pas beaucoup, mais il faut être strict sur la logistique. Le vrai coût, c’est le temps : plusieurs bénévoles ont apporté 30 heures chacun pour que le projet voie le jour.

💡 Conseil : demandez un prêt matériel à un fab lab ou à une médiathèque municipale — cela réduit le coût fixe de 60–70 %.

Sur le plan partenarial, la réussite tient à trois éléments : une structure d’accueil (ici le FRAC), un relais d’insertion (Mission Locale) et un média local (Bornybuzz) pour produire et diffuser. Si la Ville souhaite encourager ce type d’initiative, il faut formaliser une convention à coûts maîtrisés et prévoir une indemnité symbolique pour les participant·es (par ex. 50 € par personne pour ateliers et temps de montage).

Liens et suites possibles

Ce format montre qu’un lieu d’art contemporain peut fonctionner avec les dynamiques de quartier sans se fermer. Pour les acteurs locaux qui cherchent des exemples concrets d’initiatives à Borny, consultez notre page consacrée au quartier où figurent contacts et projets en cours. Pour ceux qui s’intéressent à la cartographie des dynamiques messines, notre rubrique Vie à Metz recense dossiers & événements récents.

FAQ

Q : Comment monter un atelier similaire en 5 jours ?
R : Privilégiez la simplicité : 2 jours de tournage, 2 jours de montage encadré et 1 jour de répétitions + visite guidée. Budget indicatif : 600 € matériel + 200 € éventuel pour post‑prod. Préparez 6 formulaires de droit à l’image signés.

Q : Qui contacter au FRAC pour une projection ?
R : Adressez‑vous au 49 Nord 6 Est ; commencez la prise de contact au moins 6 semaines avant l’événement et prévoyez 2 réunions de coordination (technique et communication).

Q : Quels sont les droits à régler si le film est partagé en ligne ?
R : Pour une diffusion sur YouTube ou une page locale, vérifiez la musique (licence libre ou achat, coût variable : 10–50 € par piste) et conservez toutes les autorisations signées pendant 5 ans.

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Redacteur passionne. Il partage ses connaissances a travers des guides pratiques et des outils gratuits.

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