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Portraits & Témoignages

Portrait d’habitants : Eylem, arrivée en France en 2003 depuis la Turquie, d’origine kurde

Arrivée en 2003, Eylem raconte son parcours de réfugiée politique à cheffe d’épicerie au Pontiffroy : formation AFPA, emplois à Metz et défis du quartier.

9 min de lecture
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En 2003, Eylem a quitté la Turquie pour des raisons politiques. Sa décision n’a rien d’impulsif : à 24 ans elle a d’abord fermé son année d’études en littérature, rassemblé quelques affaires et pris la route vers la France où elle demandera l’asile. Le récit qu’elle livre à Bornybuzz mélange dates précises, noms de lieux et gestes du quotidien : la première nuit dans un centre d’hébergement à Paris, les cours de français intensifs, puis le transfert vers un foyer où le temps s’est étiré jusqu’à la stabilisation administrative.

H2: Eylem a obtenu le statut de réfugiée en 2004 et a choisi Metz pour reconstruire sa vie En 2004, le titre de séjour est devenu réel pour elle ; ce chiffre change tout. L’isolement parisien et le coût du logement l’ont poussée à regarder vers une ville moyenne. Elle a regardé Metz pour ses transports, ses emplois disponibles et la proximité avec les administrations. Son choix s’est porté sur le quartier Patrotte — pas par hasard : elle cherchait un lieu accessible et calme. Au milieu d’un hiver rigoureux, elle a visité un studio rue du Béarn et signé le bail le 15 février 2006.

Pendant ses premiers mois à Metz, Eylem a fréquenté les associations locales. Son attention a été attirée par les initiatives citoyennes décrites sur la page dédiée à Metz Nord & Patrotte quand elle consultait des ressources pour seniors et familles; elle gardait ces fiches dans son portefeuille pour se repérer dans les services municipaux. Ce lien vers /metz-nord-patrotte/ lui a servi quand il a fallu inscrire son fils à l’école primaire du quartier.

💡 Conseil : gardez une copie des courriers administratifs datés des 3 premières années — ils servent souvent de preuve pour accéder aux aides locales

H2: La formation AFPA de 2008 a duré 9 mois et a ouvert 3 voies professionnelles La formation au commerce suivie à l’AFPA en 2008 a duré 9 mois et lui a fourni un diplôme de vendeur-conseil. Ce temps de stage, 14 semaines en entreprise, s’est traduit par des contrats courts en grande distribution : Carrefour Talange, puis des remplacements chez Leclerc à Montigny. Son salaire initial oscillait autour de 1 200 € nets par mois ; le constat lui a permis d’économiser près de 2 500 € en 18 mois pour envisager un projet entrepreneurial.

Après l’obtention du diplôme, elle a travaillé dans quatre lieux différents à Metz pour accumuler expérience et contacts professionnels. Le passage en caisse et la gestion des stocks l’ont convaincue que tenir une boutique de proximité serait rentable à moyen terme. Par ailleurs, les ateliers de création d’entreprise organisés par des associations locales avaient des retours concrets : taux de réussite de l’ordre de 40 % pour les projets soutenus la première année, d’après les bilans dont elle a pris connaissance lors d’un rendez-vous au centre social.

⚠️ Attention : un capital de démarrage inférieur à 6 000 € réduit fortement la marge de manœuvre pour assumer 6 mois de charges fixes sans chiffre d’affaires

H2: L’épicerie ouverte en 2013 a démarré avec 5 000 € d’apport et un mari associé L’ouverture de l’épicerie près de la Médiathèque Verlaine, au Pontiffroy, remonte à 2013. Ils ont investi 5 000 € d’apport personnel pour les premiers stocks et obtenu un microcrédit complémentaire de 8 000 € pour équiper le lieu : deux frigos Liebherr d’occasion à 450 € l’un, une caisse enregistreuse tactile à 320 € et un rideau métallique standard à 600 €. Le couple a choisi ce point pour la proximité avec la gare et la vie étudiante du centre-ville ; l’adresse a attiré une clientèle mixte dès le troisième mois.

L’expérience commerciale a requis des ajustements : 30 % des ventes venaient des produits orientaux à prix moyen, 20 % des boissons chaudes et 50 % d’achats quotidiens (pain, pâtes, lait). À l’année, la boutique affichait un chiffre d’affaires moyen de 55 000 € en 2015 mais des marges serrées, surtout à cause des charges locatives et des impôts locaux. Eylem explique que la gestion des fournisseurs a demandé du temps : elle compare trois grossistes chaque mois pour maintenir une marge brute supérieure à 25 %.

📌 À retenir : maintenir une marge brute au-dessus de 25 % est souvent indispensable pour qu’une petite épicerie survive les 12 premiers mois

H2: Le tri des déchets a empiré pendant 2 années consécutives et reste le principal grief Depuis 2019, Eylem a observé deux saisons où le tri sélectif du quartier a été mal coordonné ; les ordures organiques s’accumulaient derrière la médiathèque pendant 48 à 72 heures, selon ses clients. Le problème n’est pas technique uniquement : il est aussi comportemental. Elle note que certains commerces laissent des cartons humides avant la collecte, et que les horaires de passage des bennes ont varié trois fois en 18 mois.

Sa suggestion concrète — qu’elle a présentée lors d’une réunion de quartier en 2021 — était simple : centraliser un point de dépôt clos, ouvert 12 heures par jour, et instaurer des amendes progressives pour les dépôts sauvages. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : réduire les dépôts de 60 % dans les six mois suivant l’installation d’un point propre a été observé dans une autre commune voisine ayant mis ce système en place. Elle espère que les services municipaux répliqueront le dispositif pour améliorer la propreté sur l’axe Pontiffroy-Médiathèque.

Dans la rue, les clients lui confient régulièrement qu’ils apprécient la diversité des produits mais regrettent les petites poubelles débordantes. Les tendances de fréquentation ont évolué : 40 % de la clientèle vient le matin entre 7 h et 10 h, 35 % entre 12 h et 14 h, et le reste l’après-midi. Cette fragmentation du flux rend la gestion des horaires d’approvisionnement critique pour éviter les stocks périmés.

H2: Son ancrage associatif a permis des partenariats concrets avec 2 structures locales Eylem n’est pas restée isolée. Elle a commencé à collaborer avec des associations locales pour l’apprentissage du français et la médiation culturelle. En 2016, elle a accueilli deux ateliers mensuels pour femmes réfugiées, apportant boissons chaudes gratuites et remise de produits secs. Ces actions ont généré un effet d’entraînement : quatre familles se sont installées dans le quartier grâce aux recommandations d’anciennes participantes.

Cependant, le volet administratif demeure ardu. Lors d’une aide demandée pour l’accès au microcrédit, elle a dû fournir huit pièces justificatives distinctes sur une période de six semaines. Le processus lui a appris à conseiller les autres commerçants : regrouper les factures, les fiches de paie et les relevés bancaires sur une clé USB, et garder des copies papier. Ce conseil a réduit de 30 % les délais de réponse pour des demandes similaires rencontrées par ses voisins.

Parmi ses rencontres, certaines lui ont ouvert des perspectives sur la ville et ses quartiers ; ceux qui s’intéressent à la vie locale trouveront un article sur la rubrique Vie à Metz où l’on traite des projets urbains et des initiatives citoyennes qui influent sur le commerce de proximité. La page /vie-a-metz/ a servi de référence à plusieurs entrepreneurs pour caler leur business plan lors de réunions de quartier.

💡 Conseil : pour un dossier de microcrédit solide, préparez 12 mois de relevés et un prévisionnel sur 18 mois

H2: Eylem conseille d’éviter les impulsions d’investissement supérieures à 10 000 € sans plan chiffré Eylem défend une ligne prudente : évitez d’acheter du stock saisonnier pour 5 000 € sans test préalable. Elle a payé ce prix une fois pour des produits estivaux qui n’ont pas trouvé preneur, brûlant une partie de ses économies. Son approche actuelle repose sur trois règles simples : tester à petite échelle, négocier les délais de paiement avec trois fournisseurs et maintenir un fonds de roulement équivalent à 2 mois de charges.

Sur la question du recrutement, elle préfère embaucher des contrats de 15 heures par semaine avec une période d’essai de 2 mois plutôt que d’engager d’emblée à temps plein. Cette méthode a réduit les coûts fixes et permis d’ajuster l’offre selon la saison : 2 employés en hiver, 3 en période de marché en mai-octobre. Le calcul est clair : chaque temps plein supplémentaire lui coûte environ 1 800 € nets par mois en charges totales, un chiffre qu’elle surveille de près.

H2: Le choix de rester à la Patrotte s’appuie sur 6 raisons locales qu’elle détaille sans illusions Elle liste six éléments qui la retiennent : transports (2 lignes de bus à moins de 200 m), proximité administrative (mairie annexe à 1,3 km), clientèle fidèle, loyers plus bas qu’au centre, vie associative active et la présence d’une médiathèque. Ce bilan n’est pas naïf : la présence d’un marché hebdomadaire entraîne 15 % de chiffre d’affaires supplémentaire certains jours, mais les problèmes de propreté restent un frein pour l’expansion.

Malgré ces freins, elle juge le choix de Metz comme le meilleur pour se stabiliser avec une famille et développer une activité commerciale. Sur les questions de sécurité, elle recommande des éclairages LED sur 4000 K pour la vitrine — coût estimé : 220 € l’unité posée — et un contrat d’alarme professionnel à partir de 18 € par mois pour limiter les risques.

FAQ

Q — Quels documents Eylem recommande-t-elle pour une demande de microcrédit local ? R — Fournissez 12 mois de relevés bancaires, un extrait K-bis si vous avez déjà une activité, trois devis fournisseurs, et un prévisionnel d’activité sur 18 mois ; ces éléments réduisent les délais de décision de 30 à 50 % selon les retours des partenaires locaux.

Q — Combien coûte l’ouverture d’une petite épicerie à Metz selon Eylem ? R — Elle chiffre l’investissement initial minimal à 13 000 € : 5 000 € d’apport, 8 000 € de microcrédit pour équipement, plus 2 mois de trésorerie (environ 3 000 €) pour couvrir loyers et charges pendant le démarrage.

Q — Où se renseigner pour s’intégrer dans le réseau local à Metz-Nord ? R — Participez aux réunions de quartier et consultez les ressources publiées sur Bornybuzz pour repérer les associations et événements ; la page Borny contient des informations sur les acteurs du quartier et les projets de solidarité, ce qui facilite les premières prises de contact via la rubrique /borny/.

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Bornybuzz

Journaliste de presse locale pendant dix ans en Moselle, Julien a fondé Bornybuzz parce qu'il en avait assez de raconter Metz depuis un bureau de rédaction — il voulait la raconter depuis ses trottoirs, ses comptoirs et ses cages d'escalier. Quand il n'écrit pas, il arpente un quartier qu'il ne connaît pas encore assez bien, carnet en poche.

Cet article est publie a titre informatif. Faites vos propres recherches avant toute decision.

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