Ce samedi 1er juin 2024, les jardins de l’Anneau ont fait le plein de voix et de pelles. Une trentaine de volontaires sont arrivés à l’aube pour la fête de la récolte, après huit mois de travail régulier sur des parcelles partagées. Parmi eux, Wais — 24 ans, réfugié afghan — raconte comment il a appris des mots de français en égrainant des plants de tomates ; la scène s’est déroulée à Borny, où le jardin est devenu un point de rencontre entre voisin·es et nouveaux arrivants, et dont le rôle social dépasse la simple culture locale (/borny/).
Hors du folklore, c’est le concret qui frappe : cette initiative, soutenue par la cellule locale COOP’R et coordonnée par Mathieu Haro, sert à la fois d’atelier linguistique, d’atelier écologique et de lieu d’entraide. J’ai observé des échanges francs, parfois tendus, mais toujours productifs. Le projet ne vise pas la productivité agricole industrielle — l’idée est d’installer des racines sociales et de partager une méthode. Un détail : les plants de la spirale aromatique — thym, romarin, menthe — ont attiré les premiers visiteurs.
Après 8 mois, 30+ nationalités cultivent aux jardins de l’Anneau
Une courte histoire illustre l’ambition : en octobre 2023, la parcelle numéro 3 servait de test. Aujourd’hui, plus de 30 nationalités ont mis les mains dans la terre et partagé des semences. Wais, Theresa Kralova (réfugiée tchèque) et Gafar forment un trio qui donne le ton : échanges de recettes, conseils sur la rotation des cultures, et rires autour des oignons.
Mathieu Haro a chiffré le calendrier : « démarrage en septembre 2023, 4 sessions de formation technique, ateliers hebdomadaires chaque mardi », précise-t‑il lors de l’inauguration. L’organisation s’appuie sur des outils simples — bêche à 12 €, arrosoirs partagés, et panneaux pédagogiques imprimés pour les gestes de base. Ce modèle a des effets palpables : la langue s’améliore, la solitude recule, et le quartier retrouve de la présence active.
Des visiteurs d’autres quartiers viennent observer la méthode. Un reportage sur les initiatives urbaines de la ville explique comment ces micro‑projets prennent place dans le tissu local, et on peut retrouver des perspectives comparables dans notre rubrique dédiée (/vie-a-metz/). À l’usage, la culture partagée crée une obligation de soin : on respecte la parcelle de son voisin.
Le compost en pratique : 1 tonne collectée en 6 mois
Le compost n’est pas resté conceptuel. Theresa a coordonné la collecte et les murs de compostage ont accueilli environ 1 000 kg de déchets organiques en six mois — épluchures, marc de café, taille de plants. Les habitants déposent leurs déchets dans des bacs identifiés, et des volontaires opèrent le brassage deux fois par semaine.
Bon, concrètement, la mise en place a coûté 320 € : trois bacs en palette (réemploi), une fourche de 28 € et un tamis à 45 €. Ces chiffres tiennent compte du matériel basique que l’on trouve chez Leroy Merlin ou Brico Dépôt. Les règles appliquées sont simples et affichées : pas de viande, pas de produits laitiers, pas d’huiles de cuisson concentrées. Le tri évite les odeurs et la présence de rongeurs.
💡 Conseil : apportez 2–3 cm de matière sèche (feuilles, carton non imprimé) pour chaque dépôt de 1 à 2 litres d’épluchures, la proportion idéale pour un compostage réussi en 6 à 12 mois
⚠️ Attention : ne mettez jamais de restes de poisson ou d’os ; ils attirent les rats et compromettent le projet collectif si le bac n’est pas surveillé
Le résultat est utilisé directement sur les parcelles : les pommes de terre plantées en avril ont gagné 15 à 30 % de rendement par rapport à l’année précédente, selon les relevés tenus par les volontaires. L’ambition n’est pas d’alimenter la ville, mais d’améliorer la terre et d’enseigner des gestes durables.
Kid’s Olympiades et initiation : 100 enfants touchés depuis mars
Le 15 mai, une matinée dédiée au sport scolaire a rassemblé près de 100 enfants à l’école Erckmann‑Chatrian 2. L’événement servait d’introduction aux Jeux et a permis d’associer activités physiques et éducation à l’alimentation : parcours, relais et ateliers sur les légumes que l’on cultive au jardin.
Pour les familles, cette approche a eu un effet immédiat. Certains parents rapportent que leurs enfants ont commencé à goûter des tomates qu’ils n’aimaient pas auparavant — une victoire concrète. Les Kid’s Olympiades ont été organisées avec un budget de 450 € pour la logistique (chronomètres, médaille plastique, collations bio), financé en partie par une subvention municipale et en partie par des dons locaux.
📌 À retenir : chaque volontaire repart avec 2–3 kg de récolte pendant la distribution, y compris pommes de terre et tomates, ce qui renforce le lien travail/récompense
Les retombées sociales sont là : des parents s’impliquent désormais comme bénévoles, certains proposent du matériel, d’autres animent des ateliers de cuisine. Pour juger de l’impact sur le quartier et des projets voisins, il est utile de comparer avec ce qui se passe dans les secteurs limitrophes, par exemple à Metz Nord & Patrotte, où des dynamiques voisines ont émergé ces dernières années (/metz-nord-patrotte/).
La médiathèque provisoire et la pérennité : calendrier et partenaires
La médiathèque du Phénix a été installée provisoirement le 11 mars 2024 au centre socio‑culturel Bon Pasteur — un espace de 350 m² qui complète le travail de terrain des volontaires. Cette structure permet d’accueillir des ateliers de lecture pour enfants après les Kid’s Olympiades, et sert de point de contact pour les nouvelles vagues de volontaires Unis‑Cité.
Sur la durée, le projet repose sur trois axes : formation (4 formations techniques par an), communauté (rencontres mensuelles) et gestion (modèle de compostage renouvelé à chaque cohorte). Le calendrier prévoit la transmission complète aux nouveaux volontaires à la rentrée suivante et une évaluation annuelle des sols en novembre pour ajuster les rotations.
Dans la programmation locale, la musique a aussi trouvé sa place : le Road Trap Tour de France est passé par Borny et a permis à Noichi et SSKO de remporter le casting régional — un exemple de croisement entre culture urbaine et initiatives communautaires. Ces événements attirent l’attention et renforcent la visibilité du quartier.
Opinions et contraintes : pourquoi soutenir mais garder des règles
Je pense que l’approche choisie par Unis‑Cité Metz est le meilleur choix pour installer des pratiques durables à faible coût social. Cependant, il faut rester exigeant : les règles de tri doivent être appliquées, les tours de rôle pour l’entretien clarifiés et un responsable sanitaire nommé pendant l’été pour éviter les problèmes d’odeur.
Le problème, c’est souvent la transition entre l’enthousiasme initial et la routine : sans planning précis, la qualité du compost baisse. Pour prévenir cela, je recommande un tableau de présence simple, un échange de contacts WhatsApp entre volontaires et un budget de réserve de 150 € pour réparer ou remplacer du petit matériel.
Appel local : comment contribuer sans tout transformer
Si vous habitez le quartier et que vous voulez participer, commencez par une séance d’observation pendant une semaine avant d’apporter du matériel. Participer un mardi soir ou un samedi matin suffit pour saisir les règles et éviter les erreurs de tri. L’équipe accepte les dons de graines empaquetées (3–5 € par paquet) et les outils en bon état.
Pour les associations qui souhaitent répliquer le modèle, un point de vigilance : adaptez la taille des parcelles à la capacité d’entretien du groupe. Un carré de 10 m² par 4 personnes fonctionne bien ; plus grand, et les abandons deviennent fréquents.
FAQ
Q1 — Comment m’inscrire pour devenir volontaire au jardin et au compost ? R1 — Les permanences ont lieu chaque mardi 18h–19h et samedi 9h–11h aux jardins de l’Anneau. Présentez‑vous sur place, remplissez la fiche d’engagement de service civique et prévoyez une pièce d’identité. Le cycle de formation dure 4 semaines avec 4 sessions pratiques à raison d’une séance hebdomadaire.
Q2 — Quelles plantes ont donné le meilleur rendement en 2024 ? R2 — Les pommes de terre ont produit en moyenne 3–4 kg par m², les tomates cerises 1,8–2,2 kg par plant, et les oignons environ 0,5–0,8 kg par plant. Les aromatiques (menthe, thym) sont montées rapidement et servent davantage à l’animation pédagogique qu’à la production alimentaire.
Q3 — Peut‑on déposer des déchets verts si l’on n’habite pas Borny ? R3 — Oui, la collecte est ouverte aux habitants du Grand Metz mais les apports sont limités à 5 litres par semaine pour préserver la capacité du composteur. En cas d’apports réguliers, les bénévoles demandent un engagement de participation à au moins une séance d’entretien par mois.
Crédits et contacts
Réalisation et photos : Kossi Simplice Honyiglo pour Bornybuzz. Coordination de projet : Mathieu Haro (Unis‑Cité Metz). Pour suivre la suite des actions et des événements organisés à Borny, consultez nos autres articles de la rubrique du quartier et participez aux réunions publiques listées au centre socio‑culturel.