Novembre 2014, salle Braun. J’y étais. Ce soir-là, à l’occasion de « Novembre de l’égalité », une salle pleine de Bornygeois découvrait une pièce qui n’allait plus quitter les discussions de comptoir : Je suis un Homme. Une heure de théâtre intimiste, un comédien seul ou presque, des mots bruts qui racontent le départ, la violence, la survie. Douze ans plus tard, le texte n’a pas pris une ride. Pire, il est urgent.

Quand le théâtre donne un visage à l’exil

La pièce, écrite et portée par Hance Wilfried Otata, s’appuie sur un témoignage réel. Pas un récit de migrant lissé par les statistiques, mais une voix singulière, celle d’un homme qui a fui son pays sans romancer le périple. On y parle de la honte qu’on fait peser sur celui qui part, des humiliations à la frontière, de l’impossible retour. Aucun misérabilisme : c’est un texte où la dignité tient debout malgré tout.

Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est la manière dont le spectacle désamorce les clichés sans didactisme. Sur scène, pas de leçon, pas de pathos. Juste une parole posée qui oblige le spectateur à abandonner ses reflexes. Quand on vit du côté de la rocade, où la question des migrations est souvent ramenée à des chiffres ou à des faits divers, ce genre de proposition culturelle est une respiration.

De l’Afrique à Borny, un parcours qui déconstruit les clichés

L’histoire mise en scène n’est pas une fiction. C’est le parcours d’un des comédiens de la troupe, un militant venu d’Afrique centrale, dont le récit a servi de matière première. À l’époque, la Ligue des Droits de l’Homme de Metz avait soutenu le projet dès sa présentation aux « Ecolotrucs », ce rendez-vous d’initiatives locales où le quartier se reconnaît.

À Borny, on sait que l’exil n’est pas une ligne dans un dossier préfectoral. Dans les cages d’escalier, chez Momo, au marché du mercredi, on croise des visages qui portent ces récits. La pièce ne les remplace pas, mais elle crée un espace où ces réalités sont dites sans être filtrées par des regards extérieurs. Le théâtre amateur militant, quand il est porté par des personnes directement concernées, possède une légitimité que les grandes productions ne soupçonnent pas.

Pourquoi cette pièce résonne encore aujourd’hui

Depuis 2014, le débat public sur l’immigration s’est encore enlisé. Les discours qui réduisent la personne exilée à une menace ou à une charge ont gagné du terrain. À Metz-Est, on le mesure dans les files d’attente de la CAF, dans les discussions après un conseil citoyen, dans le regard que certains portent sur le voisin qui parle mal le français. Dans ce contexte, redonner la parole à celui qui a traversé, c’est rééquilibrer le récit.

Ce n’est pas un hasard si la pièce continue d’être demandée dans les collèges, les centres sociaux, les bibliothèques de quartier – même sans être annoncée à grand renfort d’affiches. Parce qu’elle parle de ce qui reste tu. Parce qu’elle brise l’idée selon laquelle l’exil serait un choix économique. La pièce rappelle ce qu’on oublie trop souvent : on ne quitte pas sa terre sans y être contraint, et ce départ est une mutilation dont on ne guérit jamais complètement.

⚠️ Attention : Attention à ne jamais réduire une personne à son statut administratif. La pièce le rappelle avec force.

Le rôle clé des lieux culturels de quartier

Si la pièce a pu exister à Borny, c’est parce qu’il y avait une salle, la salle Braun, prête à accueillir autre chose que des vœux du maire. C’est aussi parce que des associations locales, comme la LDH, n’ont pas hésité à programmer un spectacle qui ne coche aucune case du tourisme culturel. Aujourd’hui, le réseau des équipements de Metz-Est – la BAM, les maisons de quartier, la médiathèque Jean Macé – peut jouer le même rôle. Dans notre agenda, les propositions qui partent du réel des habitants ne manquent pas.

À Bellecroix, du côté du City Stade ou du centre social, des initiatives similaires émergent régulièrement. Notre rubrique articles en témoigne : un atelier d’écriture, une restitution de résidence artistique, une lecture publique suffisent à faire bouger les représentations. L’enjeu est de ne jamais laisser le monopole du récit à ceux qui ne vivent pas ici.

Et maintenant ? Comment faire vivre ce récit

La question qu’on me pose souvent, c’est : « On peut encore voir Je suis un Homme ? » La réponse dépend des volontés locales. La troupe, composée de bénévoles, existe toujours. Le spectacle n’a pas de date fixe, mais il peut être accueilli sur demande, par un établissement scolaire, un centre social ou un collectif d’habitants. C’est là que le théâtre devient un véritable service public de proximité.

Plutôt que d’attendre qu’une institution programme la pièce à notre place, les choses avancent quand quelqu’un frappe à la porte du directeur de la salle polyvalente et dit : « J’ai un texte, des comédiens, une histoire qui doit être entendue ici. » À Borny, on sait faire.

Ce que les médias ne disent pas souvent sur l’exil

Les rédactions privilégient le fait divers à la rencontre. C’est plus vendeur. Résultat : l’exil devient synonyme de drame ou de statistique. Je suis un Homme fait exactement l’inverse. Il restitue l’épaisseur humaine, les contradictions, les silences. C’est peut-être pour ça qu’on en parle encore.

Questions fréquentes

La pièce est-elle adaptée à un public scolaire ?

Oui, elle a déjà été jouée devant des collégiens et des lycéens. Les retours des enseignants montrent qu’elle ouvre un dialogue plus concret que bien des cours d’éducation civique. Il est recommandé de prévoir un temps d’échange après la représentation.

Comment faire venir la troupe dans son quartier à Metz-Est ?

Il n’existe pas de formulaire en ligne. L’usage, c’est de contacter les associations de défense des droits humains ou les centres sociaux de Metz-Est qui connaissent le réseau de la pièce. À Bellecroix, plusieurs structures ont déjà manifesté leur intérêt pour ce type de projet d’éducation populaire. L’accueil repose souvent sur une petite subvention ou un coup de pouce de la régie de quartier.

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