Aider un adolescent connecté à grandir

Le numérique est maintenant bien implanté dans nos vies, pourtant il fait se poser encore beaucoup de questions. Notre médiateur numérique est souvent amené à intervenir sur des questions de parentalité. Vous pouvez aussi lui poser vos questions sur Facebook, Twitter, ou via le formulaire de contact. Il vous répondra sur Bornybuzz.

Quelles sont les conséquences des écrans sur la vie d’un adolescent ?

L’adolescence est une période de grands changements du point de vue physique et psychologique. L’adolescent va progressivement quitter l’enfance pour arriver à l’âge adulte. Un gros morceau du travail que l’adolescent va devoir accomplir est de se séparer de ses parents : d’abord, ses « parents internes » en découvrant ses propres goûts, opinions et idéaux ; et ensuite, ses « parents réels » au travers de sa vie sociale, sentimentale, et enfin professionnelle. Les adolescents sont en quête d’autonomie, et avec le numérique, ils ont les outils pour assouvir ce besoin d’individuation. Parler d’écran ou de numérique devient alors réducteur. Il est préférable de se demander ce qui, dans leurs usages, leur permet d’opérer ce travail d’individuation, de séparation. Schématiquement, le numérique dans les usages adolescents peut être subdivisé en trois activités : les jeux vidéo, les réseaux sociaux et les vidéos.

Il est indispensable pour son individuation que l’adolescent soit en mesure de décider lui-même de ses loisirs et des activités qu’il veut pratiquer.

Les jeux vidéo

La plupart des jeux vidéo sont des challenges où l’on doit réfléchir à une stratégie et atteindre des objectifs. On réussit ou on échoue, c’est-à-dire que l’on éprouve des émotions : la joie, la satisfaction, la déception, la frustration,… À un âge de bouleversements internes aussi bien que de changements externes, les jeux vidéo permettent d’approfondir ces « nouveaux » registres émotionnels.

L’adolescent est le premier surpris par ces changements et ce vécu est parfois éprouvé sur le versant de l’angoisse. Le jeu vidéo, parce qu’il est immersif, c’est-à-dire qu’il occupe aussi bien le corps que l’esprit, permet d’oublier un temps que grandir n’est pas facile tout en éprouvant du plaisir.

Les jeux vidéos revêtent également une dimension sociale, lorsque les adolescents jouent à plusieurs en ligne ou lorsqu’ils en discutent entre eux. Comme tous les passionnés, les joueurs de jeux vidéos aiment, en effet, parler de leur passion.

Les réseaux sociaux

Pour effectuer leur séparation d’avec les parents, les adolescents prennent appui sur des groupes de pairs. Dans ce cadre, le smartphone est un moyen d’avoir leurs amis toujours auprès d’eux.

À un âge où ils se cherchent, les adolescents ont besoin des autres pour comprendre qui ils sont. On parle alors de validation de soi à travers le regard des autres. Sur les réseaux sociaux, les adolescents ne sont pas à la recherche d’un « soi profond » mais expérimentent diverses facettes de leur personnalité. Les j’aime, les partages, les commentaires sont autant de gratifications pour une estime de soi qui a besoin d’être confortée à cet âge.

Les adolescents sont à la recherche d’un espace public où s’exprimer. Force est de constater que la société actuelle ne leur laisse pas beaucoup d’espaces pour le faire. À travers les réseaux sociaux, ils cherchent, avant tout, à se construire et à échapper au contrôle des adultes.

Les vidéos

À travers les Youtubeurs, les séries, ou la télé-réalité, les adolescents sont à la recherche de modèles de substitution aux idéaux parentaux. Cela peut prendre l’aspect de quelqu’un à qui s’identifier et/ou être une manière de se comparer (je suis comme celui-ci plutôt que comme celui-là).

Les contenus médias qu’ils regardent (comme les jeux vidéo auxquels ils jouent, la musique qu’ils écoutent ou leur tenue vestimentaire) viennent conforter leur appartenance à un groupe, une sous-culture, une communauté d’intérêt,…

Quelle durée quotidienne maximum devant les écrans ?

Le temps d’écran n’est pas un critère pertinent à l’adolescence. Il peut l’être pour les enfants en bas âge, bien que la recherche a tendance à s’intéresser toujours plus au contexte d’utilisation. L’adolescent, même si cela peut encore être difficile pour lui, doit arriver à définir ses priorités. Une journée est composée de plusieurs choses à faire : dormir, aller à l’école, faire ses devoirs, pratiquer une activité physique, passer du temps avec ses amis et sa famille, etc. Les jeux vidéo, les réseaux sociaux, les séries doivent être considérés comme un loisir, c’est-à-dire une activité nécessaire mais qui passe après le reste.

L’adolescent n’est pas toujours en mesure de définir lui-même ses priorités, c’est alors le rôle des parents de l’accompagner sur ce chemin. L’acquisition de l’autonomie n’est pas linéaire. Elle est faite d’essais et d’erreurs, d’acquisitions et de rechutes. Quoiqu’il en soit, il est indispensable pour son individuation que l’adolescent soit en mesure de décider lui-même de ses loisirs et des activités qu’il veut pratiquer.

Quelles sont les conséquences liées à un temps d’exposition trop important ?

Les principales conséquences d’un temps d’exposition important sont la fatigue visuelle et la sécheresse oculaire. La sédentarité peut aussi poser des problèmes de santé, mais au-même titre que la lecture.

Surtout ne pas oublier qu’un adolescent peut passer beaucoup de temps connecté et être parfaitement épanoui.

Cependant, l’isolement chez un adolescent peut être le signe que quelque chose ne va pas. En revanche, qu’un ado préfère rester seul n’est pas une raison de s’inquiéter. Il faut alors considérer la vie de l’adolescent dans sa globalité : ses résultats scolaires, ses relations sociales, les activités qu’il pratique, l’ambiance dans la famille (les adolescents sont très sensibles aux problèmes des parents et ne le verbalisent pas toujours). Surtout, ne pas oublier qu’un adolescent peut passer beaucoup de temps connecté et être parfaitement épanoui. En tant que parent, il faut juste s’assurer que ce temps passé ne vient pas empiéter sur le reste.

Comment éviter les écrans et comment les remplacer ?

Les écrans ne sont à proscrire que chez l’enfant de moins de deux ans. Pour les autres âges, il convient de favoriser un usage adapté. Pour plus d’informations, se référer aux balises 3-6-9-12 mises au point par le psychiatre Serge Tisseron.

L’éducation d’un enfant consiste à le préparer à sa future vie d’adulte. Que cela nous plaise ou non, les enfants et les adolescents vont vivre dans un monde connecté. Le rôle des éducateurs est alors de les accompagner. Vivre en société est un apprentissage qui commence dès le plus jeune âge. Les règles, comportements requis et postures adéquates évoluent avec le développement de l’enfant : certaines choses qui sont tolérées pour un enfant de 3 ans ne le sont plus à 6 ans. Et certaines choses qui sont tolérées à 6 ans ne le sont plus à 9. Et ainsi de suite…

Il n’y a pas de raison que l’éducation aux médias et à l’information échappe à ce principe. Le but de cette éducation au numérique est certes de protéger l’enfant mais aussi de le préparer à exercer sa citoyenneté future. L’époque où l’on opposait le réel au virtuel est révolue. Les jeunes d’aujourd’hui vont vivre dans un monde avec des robots, des algorithmes, des intelligences artificielles, etc. Ces données nouvelles doivent être prises en compte dans l’éducation.

À l’adolescence, il faut entraîner son enfant à faire ses propres choix et les assumer ensuite. Cela ne signifie pas qu’il ne doit pas y avoir de règles.

Cependant, lorsqu’on est parent, éduquer des enfants c’est transmettre certaines valeurs. Si un contenu ou un jeu vidéo est contraire aux principes de la famille, les parents doivent l’interdire. Il est possible de tenir un enfant éloigné des écrans, mais seulement si ce choix est concerté et réfléchi entre les parents (parce qu’on n’y comprend rien ou qu’on n’aime pas ça, n’est pas une raison suffisante), et si ce choix est suffisamment expliqué aux enfants.

En revanche, avec un adolescent, la manière de concevoir les choses est quelque peu différente. À l’adolescence, il faut entraîner son enfant à faire ses propres choix et les assumer ensuite. Cela ne signifie pas qu’il ne doit pas y avoir de règles. Celles-ci sont d’autant plus nécessaires que les parents vont devoir laisser toujours plus d’autonomie à leur progéniture. Autrement dit, il revient aux parents de fixer un cadre et des limites à ne pas dépasser. Ces règles ne sont pas immuables. Elles doivent évoluer, s’assouplir ou se durcir, selon que l’adolescent s’y conforme ou non.

Dans tous les cas, les parents doivent donner leur opinion sur les choix de leur adolescent. Cela l’aidera à construire la sienne. Mais tant que l’adolescent ne se met pas en danger et ne néglige pas les autres impératifs de son existence, il n’y a aucune raison d’interdire ou d’essayer d’éviter. Ni les écrans ni le numérique ne sont dangereux en eux-mêmes. Il y a simplement des usages qui sont adaptés et d’autres qui ne le sont pas. Pour aider l’adolescent à ajuster ses comportements, il est nécessaire de le laisser expérimenter, comme il est impératif de discuter avec lui de ce qu’il fait sur Internet, des jeux auxquels il joue, des contenus qu’il affectionne, des vidéos qu’il regarde, etc. Cela lui permettra de comprendre que ses parents s’intéressent à lui, ce qui est indispensable à la construction de l’estime de soi.

Comment convaincre un enfant de ne pas utiliser les outils numériques ?

Il n’est pas question d’essayer de convaincre, mais de donner son avis ou d’imposer ses choix, avec les conséquences que cela peut entraîner. En revanche, si priver totalement un adolescent d’outils numériques est illusoire, il est impératif d’aménager des temps sans eux. Pas de smartphone pendant les repas est une règle non négociable. Pas d’écran dans les chambres après une certaine heure peut l’être également. Ces règles doivent être discutées en famille et les contraintes doivent s’appliquer également aux adultes. Enfants et adolescents fonctionnement essentiellement par imitation. Vouloir proscrire les outils numériques alors que l’on est soi-même un utilisateur intensif est contre-productif. Encore une fois, ce qui importe, c’est que ces usages ne viennent pas empiéter sur ce qui est le plus important : le sommeil, les relations sociales, la vie de famille, la scolarité, etc.

Comment verrouiller un PC connecté ? Comment mettre un code sur une télévision ? Quel contrôle parental peut-on installer sur un ordinateur ou un téléphone ?

Les sites Internet sans crainte et e-enfance proposent ressources et conseils pour installer des solutions de contrôle parental.

Cependant, il faut avoir à l’esprit que la sécurité sur internet est un marché. Les solutions optimales sont donc bien souvent payantes. Elles présentent aussi l’inconvénient d’être contraignantes : il faut apprendre à les utiliser, il faut les paramétrer,… Elles requièrent donc un minimum de connaissances techniques que les parents doivent acquérir.

Elles soulèvent également des questions d’ordre éthique et éducatif. Est-il vraiment judicieux de confier à la technologie le contrôle des abus engendrés par la technologie ? N’est-il pas plus judicieux d’apprendre à l’humain à contrôler lui-même la technologie ? On constate bien souvent que ceux qui accusent la technologie de nous rendre « dépendants » (au sens général du terme) sont ceux qui souhaitent promouvoir des solutions technologiques aux problèmes générés par la technologie. Dès lors, il est possible de se demander s’il ne serait pas préférable, plutôt que de déléguer à des solutions logicielles, d’apprendre à contrôler ces technologies en utilisant sa raison et en conservant son libre arbitre.

Autrement dit, si les solutions de contrôle parental peuvent être utiles pour empêcher l’accès à certains contenus que les enfants ne peuvent pas comprendre, à l’adolescence il vaut mieux encourager l’autonomie, favoriser un usage raisonnable et raisonné et se tenir prêt à avoir des discussions pas forcément agréables mais dans tous les cas nécessaires…

Lectures sur le sujet

1 Réponse

  1. Merci pour ces réponses aux questions des parents d’élèves du collège Arsenal. Je partage le lien de cet article fort intéressant aux membres de l’association et au collège, ainsi que celui de l’émission en webradio.

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