S’informer sur le web quand on est parent : mots-clés « enfant + écran »

Le médiateur numérique de Bornybuzz lance une série d’articles visant à comprendre comment les parents s’informent sur le numérique et les écrans. Pour commencer, il s’est intéressé aux contenus que l’on trouve lorsqu’on adresse la requête « enfant + écran » dans un moteur de recherche.

Pour ce scénario d’usage, le médiateur numérique s’est mis dans la peau d’un parent qui cherche à savoir comment éduquer son enfant aux médias. Dans le moteur de recherche Google en mode navigation privée, il a saisi les mots clés « enfant » et « écran ». Voici les dix premiers hyperliens proposés commentés, analysés, critiqués, …

Mpédia, Parents et écrans donnons l’exemple !

Le premier lien que nous propose le moteur de recherche est une annonce, c’est-à-dire un site qui paye pour que son contenu soit affiché. Et il faut reconnaître, une fois n’est pas coutume, qu’il s’agit d’une bonne initiative puisqu’il s’agit d’un contenu presque parfait. L’article est proposé par Mpédia (« Parents et écrans, donnons l’exemple ! », 2019), le site de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA). Le travail est sérieux, concis, clair, chiffré, sourcé, agréablement mis en page et illustré avec des conseils pratiques et accompagné d’une infographie. L’approche pour aborder la thématique est cohérente. Il ne s’agit pas de diaboliser les écrans mais d’affirmer la primauté des échanges entre parents et enfants. En effet, chez l’enfant, l’écran peut facilement prendre la place d’autres activités beaucoup plus importantes pour le développement. Il est dès lors préférable de favoriser l’utilisation des écrans en médiation avec l’adulte. Ainsi, plutôt que se référer aux risques potentiels, l’article préfère insister sur l’exemple que les adultes se doivent de donner. En effet, l’enfant fonctionne par imitation, c’est-à-dire que s’il vit entouré de gros consommateurs d’écrans, il voudra faire de même et inversement. Détails que les initiés apprécieront, il n’est pas fait mention d’un temps d’utilisation journalière, justement parce qu’un temps d’écran seul n’équivaut pas à un temps d’écran en médiation.

Juste un bémol, mais sûrement pour ne pas entrer en contradiction avec les balises 3-6-9-12 citées en référence, l’article annonce que l’âge minimal requis est de 3 ans et non pas de 2, comme le préconise l’association américaine de pédiatrie (AAP Council on Communications And Média, 2016). Cependant, le travail reste remarquable !

Naître et grandir, les écrans et les enfants

Le second article proposé n’est pas une annonce et est également très bien rédigé, documenté et sourcé. Il provient de Naître et grandir (« Les écrans et les enfants », 2019), un site soutenu par une fondation québécoise, qui insiste sur l’importance accordée aux résultats de la recherche scientifique. Pour l’article qui nous intéresse, la promesse est tenue. Plus long que le premier papier trouvé mais aussi plus complet, celui-ci détaille les différences d’usages liées à l’âge, va plus loin dans les conseils aux parents et insiste davantage sur les risques. Si le choix éditorial est ici différent et le ton un peu plus alarmiste (du fait de l’évocation des risques), il n’empêche que la bibliographie est conséquente et parfaitement transparente. Les parents qui tomberont dessus lors de leurs recherches pourront donc faire confiance à l’article les yeux fermés.

Yakapa, Maîtrisons les écrans : La campagne 3-6-9-12 donne des repères

Le troisième lien est une page d’une campagne de sensibilisation qui reprend les balises 3-6-9-12, mises au point par le psychiatre Serge Tisseron. Il provient du site Yakapa (« Maîtrisons les écrans », s. d.) édité par la fédération de Wallonie. Le reste du dossier est composé de nombreuses vidéos et des liens de livres numériques à télécharger gratuitement. La stratégie est ici différente puisqu’il s’agit d’un contenu froid qui ne sera pas mis à jour tant que les balises ne le seront pas. Cependant, comme elles sont toujours valables, cela ne constitue pas un problème. Fidèle à l’esprit de Serge Tisseron, il n’y a pas de critères de temps qui sont préconisés mais des conseils d’usages adaptés à l’âge. De plus, la présence de nombreux contenus permet facilement à ceux qui le souhaitent d’aller plus loin. Il s’agit donc également d’une ressource pertinente !

Futura, Les écrans modifieraient le cerveau de nos enfants

Le quatrième hyperlien renvoie vers un article de Futura (« Les écrans modifieraient le cerveau de nos enfants », 2018), un site de vulgarisation scientifique. Les choses commencent plutôt mal, puisque l’article évoque des modifications du cerveau engendrées par les écrans. Le problème est que les recherches évoquées ne sont pas sourcées. Impossible alors de retrouver les articles scientifiques et d’en vérifier la fiabilité. Qui est un habitué de ce genre d’articles sait que, bien souvent, les conclusions retenues sont celles qui vont dans le sens du rédacteur et que ce dernier néglige alors les nuances contenues dans le papier initial. La suite de l’article, finalement assez court, consiste en des inserts « pour aller plus loin ». Heureusement, le second insert vient sauver la mise puisqu’il s’agit d’un article de l’AFP au sujet de l’avis de l’académie des sciences : L’Enfant et les écrans (Bach, Houdé, Léna, & Tisseron, 2013). Si celui-ci est bien fidèle au contenu de l’avis, on peut alors se demander pourquoi les seules informations intéressantes n’ont pas été réalisées par le site ? Il semble alors évident que Futura, s’il ne semble pas véhiculer des contenus faux, fasse au moins preuve d’opportunisme éditorial et de légèreté. Verdict : c’est une source dont il faut se méfier.

Les enfants et les écrans : les conseils du CSA

Le cinquième lien nous dirige sur un site institutionnel, celui du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) (« Les enfants et les écrans », s. d.). Il s’agit d’un contenu froid non daté, non sourcé, qui renvoie vers des campagnes de prévention de l’institution pour aller plus loin. On y trouve aussi des vidéos : deux courtes interviews d’experts et deux clips de sensibilisation. L’angle choisi est tout d’abord celui des images choquantes, avant d’aborder le temps d’exposition aux écrans, la signalétique PEGI sur les jeux vidéo, ainsi que le contrôle parental et le signalement des contenus inappropriés. Si le CSA est tout à fait dans son rôle d’autorité de régulation, l’approche est cependant radicalement différente des trois premiers articles. En effet, les règles énoncées sont quelques peu austères voire rigides. Le gros bémol concerne les âges et temps d’écrans qui ne coïncident pas avec les standards en vigueur (avis de l’académie des sciences et de l’AAP), ce qui peut semer le trouble dans l’esprit des parents, surtout que ces préconisations du CSA ne sont étayées d’aucune bibliographie. Cela donne l’impression dérangeante que l’autorité de régulation est seule au monde, toute puissante et détachée de la recherche scientifique.

Pomme d’api, Trop de temps devant les écrans : que risquent les jeunes enfants ?

Le sixième lien pointe vers un article non signé de Pomme d’Api « le magazine qui voit grand pour les petits », édité par Bayard (« Trop de temps devant les écrans : que risquent les jeunes enfants ? », 2018). Le ton y est alarmiste et les sources, comme les liens pour aller plus loin, se limitent à des renvois vers les balises 3-6-9-12, ainsi que vers les sites de l’« association pour l’éducation à la réduction des temps d’écrans » et de l’« association joue, pense, parle ». Si l’article propose le lien des balises 3-6-9-12, les propos rapportés sont plus proches de la ligne militante anti-écran des deux autres associations. D’ailleurs, dans les conseils prodigués aux parents, les connaisseurs reconnaîtront la méthode des « 4 pas » de la psychologue Sabine Duflo qui propose une pédagogie basée sur l’interdiction. Avec cet article, nous esquissons une toute autre approche des écrans, basée sur la limitation du temps d’écran, qui peut être qualifiée de caricaturale tant elle laisse la part belle aux paniques morales concernant les prétendus effets pathogènes des écrans non prouvés scientifiquement à ce jour.

Le point, Écrans : une menace pour la santé des enfants ?

Le septième lien est un article du site d’information Le Point (« Écrans : une menace pour la santé des enfants ? », 2018), et consiste en une énumération des risques liés à l’exposition des écrans : surpoids et obésité, troubles du sommeil, de la vue, du langage, de la concentration, … Études à l’appui mais non sourcées, ce qui empêche d’aller vérifier si les articles ont été correctement interprétés, cet article fait fi de l’absence de consensus scientifique sur les sujets abordés. En fait, et c’est là que les choses se compliquent, une étude ne vaut que parce qu’elle s’insère dans un ensemble d’autres études qui se complètent et parfois se contredisent entre elles. Le fait que l’article donne la parole au neuroscientifique Michel Desmurguet est aussi un indicateur de faible fiabilité (« Le mystère de la spectaculaire étude sur les enfants et la télé », 2016). En effet, ce dernier est bien connu pour son parti pris anti-écran. Au final, cet article du Point ne fait qu’empiler des problèmes pas forcément fondés et n’est d’aucune utilité pour un parent qui se poserait des questions sur l’éducation aux médias de son enfant.

Amazon, Zapmeta, Light in the box : les sites commerciaux

Parce que Google n’est pas un philanthrope et parce qu’il a besoin de gagner de l’argent, les trois derniers liens proposés pointent sur des sites de commerce, qui proposent d’acheter du matériel informatique, des jeux et jouets ou du matériel de puériculture. On remarquera cependant que l’algorithme qui gère les contenus sponsorisés aura placé en tête de la liste l’article de Mpédia qui était tout à fait pertinent, ce qui montre l’existence d’un tri dans les annonces. Les critères de tri par le moteur de recherche n’étant pas connus, difficile cependant d’affirmer sur la base d’un seul test que cela ne relève pas du hasard.

Les vidéos : le Docteur Ducanda à la une !

Si l’information proposée par les liens hypertextes est globalement satisfaisante (trois liens jugés positifs, un mitigé et trois négatifs), le verdict concernant les trois premières vidéos du carrousel de YouTube, les choses sont différentes. L’une provient de la chaîne de Télé matin sur France 2 (« Écrans chez les enfants : attention danger ! », 2017) ; une autre d’une chaîne spécialisée en santé (« Écrans : les enfants surexposés en danger », 2017) et la troisième directement de la chaîne du docteur Ducanda (« Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans », 2017). Ces vidéos mettent toutes la tristement célèbre Anne-Lise Ducanda à la une et ne font, donc, que propager la panique morale au sujet des dangers des écrans et/ou l’existence d’un autisme virtuel (De Vanssay, 2019).

Verdict

Si, sur ce scénario d’usage, l’algorithme de Google obtient tout juste la moyenne, celui de YouTube s’en sort avec un zéro pointé ! Notre conseil pour les parents sera donc le suivant : en matière de conseils éducatifs sur les écrans, méfiez-vous de ce que vous pouvez trouver sur Internet, sur les médias connus et même parfois le service public !

Références

AAP council on Communications And Média. (2016). Media and Young Minds. Pediatrics, 138(5), e20162591. https://doi.org/10.1542/peds.2016-2591

Bach, J.-F., Houdé, O., Léna, P., & Tisseron, S. (2013). L’enfant et les écrans. Un avis de l’académie des sciences. Paris: Le Pommier.

De Vanssay, S. (2019). “L’autisme virtuel” est une panique morale et non une alerte sanitaire ! [Blog]. Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Collectif Stop Autisme Virtuel website: https://stopautismevirtuel.wordpress.com/2019/06/18/lautisme-virtuel-est-une-panique-morale-et-non-une-alerte-sanitaire/

Écrans chez les enfants : attention danger ! (2017). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Fréquence médiacle. website: https://www.youtube.com/watch?v=jD4t87DcBzg

Écrans : les enfants surexposés en danger. (2017). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Télé matin / France 2 website: https://www.youtube.com/watch?v=Mbv5XsdfEoI

Écrans : une menace pour la santé des enfants ? (2018). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Le point website: https://www.lepoint.fr/dossiers/hors-series/le-guide-de-l-enfant-heureux-et-bien-portant/ecrans-une-menace-pour-la-sante-des-enfants-23-01-2018-2189030_3532.php

Le mystère de la spectaculaire étude sur les enfants et la télé. (2016). Consulté 3 septembre 2019, à l’adresse http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/kcouillard/2016/01/15/mystere-spectaculaire-etude-enfants-tele

Les écrans et les enfants. (2019). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Naître et grandir website: https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=ecrans-jeunes-enfants-television-ordinateur-tablette#_Toc11331819

Les écrans modifieraient le cerveau de nos enfants. (2018). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Futura website: https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/internet-ecrans-modifieraient-cerveau-nos-enfants-44207/

Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans. (2017). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Docteur Ducanda et Dr Terrasse PMI website: https://www.youtube.com/watch?v=9-eIdSE57Jw

Les enfants et les écrans : les conseils du CSA – CSA – Conseil supérieur de l’audiovisuel. (s. d.). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse https://www.csa.fr/Proteger/Protection-de-la-jeunesse-et-des-mineurs/Les-enfants-et-les-ecrans-les-conseils-du-CSA

Maîtrisons les écrans : La campagne 3-6-9-12 donne des repères. (s. d.). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Yapaka website: http://www.yapaka.be/ecrans

Parents et écrans, donnons l’exemple ! (2019). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Mpédia website: https://www.mpedia.fr/art-ecrans-parents/

Trop de temps devant les écrans : que risquent les jeunes enfants ? (2018). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Pomme d’Api website: https://www.pommedapi.com/parents/le-cahier-parents/trop-de-temps-devant-les-ecrans-que-risquent-les-jeunes-enfants



Les écrans et les enfants. (2019). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Naître et grandir website: https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=ecrans-jeunes-enfants-television-ordinateur-tablette#_Toc11331819

Les écrans modifieraient le cerveau de nos enfants. (2018). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Futura website: https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/internet-ecrans-modifieraient-cerveau-nos-enfants-44207/

Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans. (2017). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Docteur Ducanda et Dr Terrasse PMI website: https://www.youtube.com/watch?v=9-eIdSE57Jw

Les enfants et les écrans : les conseils du CSA – CSA – Conseil supérieur de l’audiovisuel. (s. d.). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse https://www.csa.fr/Proteger/Protection-de-la-jeunesse-et-des-mineurs/Les-enfants-et-les-ecrans-les-conseils-du-CSA

Maîtrisons les écrans : La campagne 3-6-9-12 donne des repères. (s. d.). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Yapaka website: http://www.yapaka.be/ecrans

Parents et écrans, donnons l’exemple ! (2019). Consulté 1 septembre 2019, à l’adresse Mpédia website: https://www.mpedia.fr/art-ecrans-parents/

Trop de temps devant les écrans : que risquent les jeunes enfants ? (2018). Consulté 2 septembre 2019, à l’adresse Pomme d’Api website: https://www.pommedapi.com/parents/le-cahier-parents/trop-de-temps-devant-les-ecrans-que-risquent-les-jeunes-enfants

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